Sélection

Respirer à nouveau (Ct). À toi qui n'a pas encore de nom (Ul). Ag (Abdlé). O (Abdlé). Parcours visuel (Dpdé).

Recueils & Vrac

Des percées d'épiderme

Parcours visuel. Étoffe. Une chambre. On dirait un lacet. Il y a d'abord ce losange. Chat noir et pigeon vole. Peut-on s'y baigner ? Depuis le vol des chevaux. Prenez un grain de vide. La brume, les ombres. Ça tombe et ça retombe. Un égo qui se taille. J'ai faim ! C'est écrit là. Bâtir son monde. Rouge le souffle. Ainsi vont les choses. En voilà un qui file chaque jour.

Contretemps

Déplacer la vague. Et pendant ce temps. Focus sur un espace modifié. Il y a comme un vide. Je suis entrée dans la matière. Ne rien avoir à faire. On commence à chauffer. Respirer à nouveau. Silence lenteur rivière. Une rugosité nouvelle. Y-a-t'il eu un temps des hommes ? Partout le brun des bois.

Des échos des choses sensibles

C'est un monde obscur. Dans la nuit. De la foule qui bouge. Elle me mate. Frontières. La chaleur de ton corps. La marche. Le complexe de l’échafaud. Le miroir est fendu. Liberté. Mains levées en amazones. Murs à casser. Résilience. Sais-tu que les mauvaises herbes ? Sangs blancs. Pur liquide. Personne n'échappe. Voilà une ombre. WOMAN.

Une louve (en cours)

À toi qui n'a pas encore de nom.

Poélistes (poésies sous autohypnose)

Il faut d'abord caresser la fente. Je ne saurai dire. Où logent les astres ? Paupières ou cils ? Quelle bêtise ce bento ! Rose du bras sucré. Utopie.

Au bord de l'épectase

Ag. St bis. O. C. P. St. T. Si. M+R. F. B. N. V.

Vrac

À comme. Au nom de moi. C'est un frère, c'est un ennemi. Carapace fine. Ce métier qui me fascine. Certains brossent. Dans mon ventre un rien. Dans son âme. Des datas, des codages. Dialogue à trois. Papier plié. Je te dis que rien. Le mythe. Le rêve prend forme. Le voilà cet insolent. Les genres tanguent. Me voilà nue, sans habillages. Mes ouvrières. Mes pensées s’égarent. Mes yeux déments. Mon cher cotinga. Nature. On m'a dit. Oubli en creux. Plume assise. Quand les cris percent. Si j'étais courageuse. Sylvia. Tête courbée comme un brin d'herbe. Trouple. Tsunami numérique. Tu m'as touché au ventre. Une toupie. Une vision qui n'est. Valentin. Explosion d'oreilles. Fracassé d'un cheval noir. Frontons lumineux. Gaïa. Il est impermanent. Collés à la planche. J'observe mon cou. Jamais en fou. Je n'ai pas envie. Je regarde l'eau.

*

Des percées d'épiderme

Parcours visuel (Dpdé)

Celle que j'observe est dans les détails, tracée de contours vaporeux, elle est longue et oblongue et subit une très légère perspective la réduisant simplement à mesure de son éloignement. Elle est d'un rouille d'où émerge des reflets prunes et aubergines et la couleur est nettement plus dense en son cœur. Deux petites sœurs l'accompagnent à une distance respectable comme des groupies pourchassant leur idole ; elle semble être une ainée imposante et intimidante pour elles. Ah... et juste pour la situer, elle s'est posée sur le citron de mes draps plissés.

Étoffe (Dpdé)

Étoffe. C'est ainsi que je te nomme. Mais dans mes mains, au contact de mes extrémités digitales, ce que je ressens est bien plus vaste. Une subtile épaisseur. Quelques rugosités discrètes sur une étendue plutôt lisse. Quelques plissures, ici et là... Comme une peau mal réveillée, légèrement ridée. Douce. Bavarde. D'une température adéquate. Au diapason avec celle de mon corps. Tu tentes de ne faire qu'une avec moi. En fusion. Bienveillante. Protectrice. Tu me parles parfois, quand je prends le temps de t'écouter.

Une chambre (Dpdé)

C'est une peau. Elle est blanche. Elle est étrange. C'est un écrin qui ne ressemble à rien. Qui ne ressemble pas à une boite en tout cas. Sa forme inspirante, me contient et me soutient. Elle est curieusement composée de quatorze faces fantasques. Ce qui n'est pas, je vous l'assure, davantage praticable que ça... Mais ce coffret mystère est à moi. C'est mon antre, mon jardin secret, mon espace parfait, mon lieu sacré.

On dirait un lacet (Dpdé)

On dirait un lacet parce qu'il sert et qu'il soutient et qu'il permet à l'appendice de tenir. On dirait un chapeau parce qu'il protège le sommet fragile de la personnalité fêlée. On dirait une ceinture qui serre « mais pas trop », un ruban qui retient le pantalon de chuter. On dirait un vêtement mais c'est tout le contraire : C'est un nu. C'est un ver. C'est une vérité crue. Une fraicheur docile. Un enfantillage atroce.

Il y a d'abord ce losange (Dpdé)

Il y a d'abord ce losange aux rebords arrondis qui se presse vers moi. De plats en formes en volumes inédits, il transforme l'espace. Au dessus de lui, identique mais sans conteste plus petite, une voisine le fuie quittant la colonne vertébrale. Sur une tige ondulante, une liane, une veine, elle se dresse fièrement sur trois cœurs décaties et kakis qui forment pour elle, pas très loin en arrière, un décor idéal.

Chat noir et pigeon vole (Dpdé)

Chat noir et pigeon vole, quand les soldats l'attrapent au poignet emplâtré et une tarte sur le nez, l'appendice fourré de deux orifices saigne. Il coule profusément même.

Peut-on s'y baigner ? Dans l'eau bleue de la mer rouge, j'veux dire... Peut-on s'y plonger ? Sans se tâcher ?

Depuis le vol des ... (Dpdé)

Depuis le vol des chevaux en tranches étouffées, aux tartines transportées par pigeons-voyageurs, les valises-emplumées naissent au moment précis où, porté par Osiris, le jour imprègne de ses tics et ses tacs l'horloge aqueuse de la vie.

Prenez un grain de vide (Dpdé)

Prenez un grain de vide, mettez le dans un cerveau bien plein et vous obtiendrez rapidement un néant spatial et magistral.

Que dites-vous ? Vous entendez un sifflement ? C'est le vent qui circule vivement entre les deux orifices sonores. Parlez fort et c'est l'écho de vos paroles qui reviendra en boomerang. Pas de méandres d'idées en ces lieux, ni de casse-têtes mentaux. La demeure est inhabitée, personne n'y vit plus désormais. Merci d'y être passé. Le spectacle est terminé. Fermeture des rideaux. Applaudissements sincères. On rallume la salle. La sortie est par ici. On vous remercie une dernière fois. Oui oui, à bientôt ! Partez maintenant !

La brume, les ombres (Dpdé)

La brume, les ombres et la peur sont peu à peu parties. Elles ont été chassées par une épiphanie aussi douce qu'inattendue : une tâche jaune dans l'eau sèche de l'air. Et en même temps qu'elle et que son éveil, mon désir a crû de l'attraper, de la saisir pour la garder longtemps en mon cœur, en son sein ou au moins tout près de lui.

Ça tombe et ça retombe (Dpdé)

Ça tombe et ça retombe. Je la redresse mais rien à faire, là encore ça s'effondre... et pourtant... je sais que ça peut tenir debout. Je sais que ça peut marcher et... et... et... et même que ça peut courir, crier, chanter, danser, régner. Il faudrait juste un petit « pas grand chose de plus » à cette inadaptée pour la faire aller. Il faudrait juste gonfler la confiance de cette ambivalente qui lève à peine la moitié de son nez avant de s'affaler. Tout le monde le sait pourtant, qu'on ne peut pas rester longtemps en équilibre sur un seul pied sans s'écrouler. Alors forcément ça coule, ça s'tord, ça s'plie, ça chute, ça s'brise, ça s'casse... Mais... mais attendez... en y regardant de plus près, ça semble presque tenir debout là ?! On dirait même que la partie éveillée regarde le membre paralysé avec un peu de pitié. Oui c'est certain ! ça tremble maintenant et la jambe endormie effectue une danse comme une transe. Ça se relève enfin ! C'n'est pas un rêve au moins ?

Un égo qui se taille (Dpdé)

Un ego qui se taille, des veines qui se gorgent chaudes et la tête au firmament, tout près des filaments stellaires, au plus proche du rêve éveillé. Des choix qui n'en sont plus.
Des vérités qui apparaissent à mesure que surgit la disparition. Et la voie qui s'ouvre, vierge, claire et vide, bornée de contours précis, ni rassurants, ni inquiétants. Et des temps à venir qui calculent la dissolution et l'aspiration des inspirations.

J'ai faim ! (Dpdé)

J'ai faim. Affamée, insatiable, boulimique, je crève la dalle, je claquedent, je claque-faim, je boyau vide. J'ai faim. J'ai faim. J'ai faim ! J'ai tellement faim que je pourrais dévorer le réel tout entier, le boulotter, le gober et faire de l’immédiateté mon petit-déjeuner. J'ai faim ! Vous dis-je ! Faim de vérités sans condiments crues, natures, sans colorants et sans conservateurs ni passéistes d'un autre genre. J'ai faim ! M'entendez-vous ? J'ai faim. J'avalerais bien le monde entier au dîner, l'Univers en guise de goûter et la réalité pour le souper. Je ne suis pas polyphage, j'ai juste besoin de m'empiffrer d'instants tangibles et de temps concrets, de contemporanéité et de bouffer le présent comme il est.

C'est écrit là (Dpdé)

C'est écrit là entre les notes roses et les orchidées sacrées. C'est écrit là mais personne ne sait vraiment le lire, que quelques évadés et quelques génies furieux. C'est écrit là qu'entre les violettes et les pensées sauvages il y a toi. Toi vivante. Toi magnifique mais qui l'ignore encore. Comment pourrais-tu le savoir ? Il est impossible de mirer un mirage tant que les loups, les ogres et les jumelles vous matent. Il y a aussi les murs, les tours, les grilles et le ciel parfois... un peu... là bas... loin... très loin... au point zénithal. Mais son bleu sublime a perdu sa simplicité au profit de quelques symboliques pièges dorés d'où coulent un sang trivial.

Et comment pourrais-tu te regarder dans le miroir avec objectivité ? Tu n'es clairement pas un Objet.

Sujet, crois naïvement en ta magnificence. Accepte la en toute candeur. Et ne doute jamais que l'image que tu captes à la surface du lac est bien la tienne. Celle d'une rudérale splendide.

Bâtir son monde (Dpdé)

Bâtir son monde de grains de poussières agglomérés en paquets amoureux. Comme un amalgame qui dépasse la répugnance des matières immondes. Comme un atome de carbone virant diamant ou pétrole. Comme la nacre panse la plaie de la créature qui veut vivre, accumulant ses couches de douceur contre la cruauté extérieure. Qu'est-ce qu'une perle si ce n'est une goutte d'estime de soi ?

Rouge le souffle (Dpdé)

Rouge le souffle. Vert l'air. Ne peux-tu sentir l'odeur qui se dégage ? L'arôme fétide des salages ? Et puis l'avenir qui s'impatiente. L'avenir qui prend le large. L'avenir qui joue et qui dessine sa voie et qui écrit son épitaphe.

Ainsi vont les choses (Dpdé)

Ainsi vont les choses et l'air dessus s'écrase, gerçant, comme s'il était fait de métal tranchant.

Ainsi vont les choses qu'elles se posent sans jugements sur les lèvres humides de ma bouche inspirante.

Ainsi vont les choses qu'elles marquent le temps et font rouler les vagues, le va-et-vient des nuages, le sable édifiant les dunes.

Ainsi vont les choses qu'elles deviennent des horloges car tout début porte sa fin en gestation et toute fin son début en devenir pour créer les conditions de son apparition.

En voilà un qui file (Dpdé)

En voilà un qui file chaque jour en pelote mêlée, comme une boucle dorée à la chair de mon doigt. Sans début, ni escale, il ne freine jamais, ne connait ni lit où souffler, ni banc où stagner, ni  gare où stopper. C'est un champ de blé fourré en entier dans la moissonneuse du fini. C'est un sable brûlant qui coule encore dans le tamis de la vie. Il est impossible de comprendre l'étendu qu'il recouvre, le néant qu'il dessine ou la teinte qu'il habite car le temps est la chance et l'enfer ; la promesse et la misère et même là encore le temps mutin ne se laisse pas saisir. Il transforme tout ce qu'il touche en griffures grossières et dépose ses traces malhabiles sur les pistes vierges ; il tourne et retourne et fertilise la terre ; il cueille les coquelicots ; il épingle les lépidoptères.

*

Contretemps

Déplacer la vague (Ct)

Déplacer la vague qui traverse de droite à gauche les horizontales pratiques. Souffler les poils dressés par l'épidémie là où l'amas de mains maintient tendues les oreilles cassées en places publiques. Ces accords vécus, ces temps réels, ces flux, je ne veux plus les contraindre. Ces volutes streamées, ces feux électriques, ces feux libérés je ne

veux plus les fumer. Sur les murs rouges qui me servent d'horizon, les fenêtres imperturbables me matent. Je ressac.

Et pendant ce temps (Ct)

Et pendant ce temps, au fond du bocal, l'air déroule un petit tapis vert et dans le faux vide des cheveux chargés en suspensions les sons agglutinés me ouatent.

Focus sur un espace modifié (Ct)

Focus sur un espace modifié, gouffré sous un ciel sans substance, cristallisé sur un écran de vert, un plafond déchiré par la lumière tendue d'un simple soi-même... Un espace en présence.

Il y a comme un vide (Ct)

Il y a un vide au centre des souris knock-out : c'est leur zone de confort. Je crois avoir oubliée la mienne. Je me réveille sans fin dans un aujourd'hui bouclé à l'air d'un déjà-vu. Dans un aujourd'hui qui se répète à l'infini. L'actualité figée dans l'instant, je me love dans l’infinitésimal du temps. Bleuirai-je demain quand viendra le jour ? Le matin, quand adviendra-t'il ? Dans l'épaisseur des interstices les passages durent. La lumière blessée. La course du monde bouleversée. Les sons crayeux. L'immobilité. Les figements. J'accepte la fixation.

Je suis entrée dans la matière(Ct)

Je suis entrée dans la matière du lent, des liquides arrêtés. J'y suis restée un instant, le temps de tout rafler. Le temps de tout. Le temps du temps. Le dans. Dans la, dans la matière de la durée, mes sens. Mes sens ont pris l'avantage. Mes sensations immenses affranchies.

Ce temps libéré : un roc coulé-figé. Ce tant que ce temps d'avant a fui mes capteurs. La distance entre les touches d'heures était liée par un principe pas si éloigné, fluide, rapide et déformable. Les molécules non miscibles, collantes et allogènes, solidifiaient les fuseaux d'hier et de demain. Et dans la permutation de l'espace et du contretemps, l'eau de l'œil de mes vœux ralentit imperceptiblement.

Ne rien avoir à faire (Ct)

Ne rien avoir à faire. Rien. Rien de particulier. Rien d’impérieux. Être déchargée de toutes responsabilités ou presque. Respirer. Manger. Être à nouveau un enfant, une petite fille jalouse. Être là et une fois là, rester en bas.

On commence à chauffer (Ct)

On commence à chauffer et les sons n'entendent plus. On reste en bas à regarder les systèmes nerveux des géants. Ils balancent docilement. Ils suivent le vent. L'air n'existe plus, le rien ne vide pas, si inattendu, si gratifiant, il pourrait être élastique. La faim, la faim-surprise a caressé ce moment et éclairé les têtes-fumées. L'écho derrière, entre mes yeux-ricochets, l'écho des sens ment. Les paysages ne voient plus. Les pensées ne pensent pas. Au loin, le voile d'un photométéore a déplissé ma vue. À ses pieds un trésor : les frissons du tissu serré au centre des lignes, près des arcades, sous le jardin, là où le poids du monde s'est posé ce matin.

Respirer à nouveau (Ct)

Respirer à nouveau.

Préparer l'après.

Construire, déconstruire, reconstruire.

Dessiner des plans.

Architecturer.

Être maçon.ne.

Être soudeur.euse

Tricoter des liens.

Crocheter.

Tisser.

Assembler.

Partout.

Pour tous.tes

Ignorer les parasites.

Les laisser se lasser.

Les épuiser par l'exemple.

Les décimer sans violence.

Ne pas leur prêter attention.

Soigner les siens et les autres.

Caresser les plaies.

Lécher les brûlures.

Sourire aux indignes et enlacer ceux qui ont commis le crime du mépris, de la censure, de la domination, de la suspicion, de l'exploitation.

Reboucher les trous.

Remblayer les mines.

Arrêter la course.

S'occuper du courant.

Allumer les flammes.

Se réchauffer autour d'un feu de joie commun.

Communiquer.

Lier.

Saisir.

Agir.

Faire ensemble et seul.e.

Savoir sa responsabilité.

Connaitre sa puissance.

Je toi nous aimer.

Je toi nous soigner.

Je toi nous guérir.

Je toi nous agir.

L'air de rien.

Pur à présent.

Respirer à nouveau, un nouveau temps.

Silence lenteur rivière (Ct)

Silence

Lenteur

Rivière

Tout doucement, dans le calme de la cascade, la rivière et son atmosphère dérobent ma paix. J'ai le sentiment d'être en elles. En elles particulière. Partout dehors, en moi dedans, elles font et défont les rencontres des formes inattendues.

Une rugosité nouvelle (Ct)

Une rugosité nouvelle est venue du fond de ma gorge parmi les vas-et-viens aqueux... les mains taillées par l'impatience. Elle a pris tout son temps. Ça peut être long un petit rien.

Y-a-t'il eu un temps (Ct)

Y-a-t'il eu un temps des hommes ? avant le sans-contact ? Un instant si grand, si éternel, si, si... Je ne sais plus, j'ai oublié de noter l'avant.

Partout le brun des bois (Ct)

Partout le brun des bois, le bourdonnement des insectes, le clapotis de l'eau crépitent. Une houle houleuse d'où l'huile jaune gêne enroule un tapis scénique. Entre les fentes et la chute du milieu, une mousse coule en zigzag. Le noir des plastiques traite les plans mentaux en papier-peinture, papier-peau et rideaux creux. Les bandes pétroles magnétiques rafraichissent les nappes irisantes. L'espace moelleux du chaos absorbe le désordre ultime. Suspension du cygne noir. Le désir ta peau. Le désir tes lèvres à nouveau. Les oreilles matérielles. Matière d'ailes. Les sons rendus muets par quelques bouches bées en œil. La déesse dans le vase sur le totem et dans le cône sur l’empilement, un oiseau puissant.

*

Des échos des choses sensibles

C'est un monde obscur (Dédcs)

C'est un monde obscur auquel je ne comprends rien. Rien n'en sort, tout s'y cache, se détache et se délite. C'est un monde obscur mais c'est le mien, un enfant mal-élevé qui n'apprend jamais rien.

Dans la nuit (Dédcs)

Dans la nuit spectrale, le souffle tenu, elle scrute au loin les mouvements des phares blêmes. Aucun n'approche. Aucun ne vînt. Aucun ne prend garde à l'inconnue baissée sur le bitume qui tend les bras et saisit une chose. Dans sa main, un écart, un mystère. Les yeux fermés, elle sourit avec confiance à la vie qui vient de lui offrir une nouvelle occasion de rêver : la trouvaille qu'elle attendait depuis toujours sans le savoir. L'immensité humide se brouille. La ville la gobe toute entière.

De la foule qui bouge (Dédcs)

Qu'est-ce que c'est ?
Une forêt de jambes et de troncs. Des torses fumés. La masse des ombres qui rit, qui crie, qui chie, qui chante, qui prie, qui râle, qui fuit. Une nuée de bestioles dans une boite fuselée qui nous déplace. Dans une armure qui fait terreau à nos pierres et fait ombre à nos désirs.

Elle me mate (Dédcs)

Elle me mate, elle me toise, me dévisage, qui ça ? la porte. Et si je reste planté là, sans que je sache pourquoi elle baille grandement. Mais si j'avance d'un pas elle ne bouge pas , Derrière elle, un noir paré de minuscules perles suspendues dans l'opaque de la nuit m'accueille. En révolution, l'horizon toupille autour d'un axe cordial. J'inspire ses bouffées profondes, si profondes qu'elle donnerait à quiconque le courage d'éclore. L'inconnu m'attire. Je saute.
Petit oisillon qui a osé plonger, je plane dans le néant de certitude qu'est l’immédiateté, dans cette promesse des possibles qu'est le suprême instant présent.

Frontières (Dédcs)

Passages poreux, chemins dangereux, portes entre-ouvertes, les gardes guettent. Miradors,

objets sonores retors, autorités suprêmes, tours en totems où les mouvements interceptés sont systématiquement enregistrés. On dit que les limites permettent la création qu'elles aident à libérer l'imagination mais peut-on encore parler de liberté quand un autre nous impose les chemins à emprunter ?

La chaleur de ton corps (Dédcs)

La chaleur de ton corps a effacé les traits creusés par le jour. La légèreté, l'humour, la rareté m'ont noyée dans un tsunami de préférences d'instants personnels... présents, les seuls qui soient vraiment. Temps autant que lieu, l'espace saisissant n'a été palpable qu'après que je l'ai goûté. Vent tiède et promesse oubliée, les rayons du soleil, le goût de la rivière, tes doigts dans mes doigts emmêlés. Un toucher, effleurement mouillé, l'image d'un enfantillage. Je n'ai pas sû vivre dans mon seul reflet. Notre relation, notre passion de cœurs et de corps, je l'ai appellé à l'unisson. Ensemble, nous étions ailleurs. Car oui la mixité était un remède à nos maux. Alors agissons – réagissons avec emphase –, voyageons légers pour aller loin, pour voler, nager et planer et débranchons la radio cognitive, le buzz omniprésent, parasite, les pensées-fleurs vénéneuses et expérimentons le paradis.

Le complexe de l’échafaud (Dédcs)

Un mot, une phrase, une intonation... stagnation. La menace plane. L’échafaud se dresse. La malédiction gagne. Epée de Damoclès. Surfe le couperais. Lovée. Effrayée. Liberté où es-tu

quand les sentiments d'angoisse du faux échafaud emplissent nos têtes de toqués, que la folie empiète, Pietà sacrée, que le complexe de l'échafaud invente des bourreaux, compose des calomnies et brode des interdits ?

Comme un pied en Janus qui avance et se désiste.

Le miroir est fendu (Dédcs)

Le miroir est fendu, elle caresse ses brèches. Le miroir est cassé, elle se coupe l'index. Et regarde à sa pulpe, comme un autre mirage, la perle à son doigt qui bientôt chutera et brisera à son tour, en milliers de fragments, l'image de vent, l'image de vent qu'elle avait d'elle-même.

Liberté (Dédcs)

Tu es blanche et inodore Liberté. Liberté, je t'aime. Liberté, j'ai besoin de joie.

Liberté, sais-tu que je suis tombée amoureuse de toi ? Au-delà de la vie, au delà de la mort. Mon corps sue et ma bouche gémit pour ça. Je te regarde et te sens. Je te touche et j'inspire. Je respire et t'entends. Je t'écoute et je vois. Liberté, je t'ai croisé, il y a longtemps, je ne sais plus quand ni où, ni comment, ni pourquoi, je sais seulement que depuis cet instant, temps, la vie est eternity.

Mains levées en amazones (Dédcs)

Mains levées en amazones entières empoignant ce jour la terre et son lot d'histoires

caduques, d'histoires effacées du livre fané de cette grande sœur qu'est l'Histoire hachée.

Celle qui nous a si longtemps oubliée. Guerrières, c'est le temps de la revanche

les deux poings fermées fermement posées dessus. En Impératrices, en pharaonnes ou en déesses, nous sommes glorieuses, dorées, proactives et fières. Sorcières, nous sommes fées, anges, bonbons et démons alors asseyons-nous droites sur ces trônes et accueillons bienveillantes les glorieux abusés qui peuvent jeter les voiles et s'exhiber nus, montrer fièrement leurs subtils, leurs peaux et leurs craintes. Car nous étions tous les deux prisonniers sans le savoir et comment aurions-nous pu le concevoir ? Faisons tabula rasa du passé car l'avenir s'écrira hier soir.

Murs à casser (Dédcs)

Murs sur ma route, Walls devant mes yeux, Murs sur ma bouche, Walls de mes pensées.

À chaque seconde les fissures filent. À chaque heure les briques s'effritent mais sans cesse reviennent les brèches colmatées et les murs remis impeccables. Et ce rideau que je rêve de brûler reste intraitable. Mais si j'agis quand mon sommeil s'agite. Si j'agis quand je me lève. Si je tape et que je crie encore alors la barrière tombera. Si nous agissons, tous ensemble à coups de masses, de pioches et de petites cuillères.

Résilience (Dédcs)

Depuis longtemps maintenant, les flammes de cire coulent en pluie. Brûlantes, elles aseptisent les plaies. Glacées, elles offrent la guérison. Comme une mère bienveillante

qui lèche les fentes purulentes pour les nettoyer.

Qui sucent les blessures pour que les cicatrices prennent.

Belles. Lisses. Inattendues. Pour que vienne la renaissance, naissance à nouveau, sans renâcler une énième partie à jouer. Car ce n'est que la fin d'une première vie.

et derrière elle un temps infini. Mère généreuse aux seins pleins, je me suis réparée.

Je suis ma mère.

Sais-tu que les mauvaises herbes ? (Dédcs)

Sais-tu que les mauvaises herbes n'existent pas ? Mais les humains ont besoin de juger,

tout un chacun et son voisin. Et eux-même parfois plus durement encore que l'inconnu qui passe. Pourtant je t'assure, chère rudérale, les mauvaises herbes n'existent pas, elles ne sont rien, crois-moi.

Sangs blancs (Dédcs)

Sangs blancs, leurs morts, leurs pays, leurs fronts.

Écoulements, jaillissements d'apocalypses personnelles.

Sangs blancs, l'Histoire se répète salement, inlassablement

Sangs blancs car lointains, vus à travers la fenêtre numérique.

« Leurs » pays, « leurs » morts, « leurs » fronts, pour notre confort. Peur de la contamination. Mais pourrait-on s'approcher plus près ? Et s'ils nous menaçaient ?

Prudence, n'avançons pas car le rouge tâche, c'est ce qu'ils disent à la tv. Mais le blanc détache, et c'est encore leur vérité. Alors regardons juste l'écran ex-cathodique d'un œil concerné ;-( et comptons les morts, leurs morts, leurs pays, leurs fronts.

Pur liquide (Dédcs)

Pur liquide, tu danses. Héroïne, tu files. Insaisissable, tu dégages. Rebel.le, tu suis,

noire, calcinée, sans vie, une ombre planante, la tienne, le spectre de toi-même.

Car tu as un deuil à effectuer, une pierre à envelopper dans du papier, pour la soustraire à ta vue, pour ligoter tes peurs et bâtir tes croyances.

Car oui, tu es belle depuis beau et beau depuis belle. Tu l'étais déjà avant qu'un déplacement d'organes s'organise en toi.
Douce ta peau depuis dure et dure depuis douce. Tu caresses l'espoir de sourire, un jour,

aux cendres, aux glaces, aux carbones de ton cœur.
Car tu es parfaite depuis parfait et parfait depuis parfaite.
Reine depuis roi et roi depuis reine.
Tu es complétude.

Personne n'échappe (Dédcs)

Personne n'échappe aux lois de l'attraction, aux pierres angulaires de la nature et de ses limites. Un jour la lumière s'éteint pour et par les corps et le voile blanc se saisit de nos peurs. Le vide qui suit brûle le plus préparé des guerriers. Comme il souffre de l'absence et de la longueur du creux dans sa vie. C'est qu'il l'aimait cette ingrate.
 

Voilà une ombre (Dédcs)

Voilà une ombre omniprésente, omnipotente.

Trip déviant.

Illusion ubiquiste.

Marée noire écoeurante.

Glue sclérosante nourrie par les médias, enrichie par les rumeurs. Peur. Tu noircies tout.
Pétrole visqueux, terreur collante, Peur, tu es vénéneuse mais pire encore est ton alliée, Peur de la peur qui, elle, est mortelle.
 

WOMAN (Dédcs)

Woman je suis, fière, Woman je resterai. Et vous toutes en moi, qui criez par moi, habitantes, vivantes, qui prenez ma bouche et parlez ma voix, qui hurlez et dites puissantes, que les injustices se sachent, que les bourreaux se cachent, que les chaînes s'arrachent et que demain le vent souffle les mèches des cocktails des fous d'armes. Et que demain, ensemble sœurs universelles, nous nous tenions debouts, les mains jointes, vêtues seulement de courage et d'une nuée d'été.


*

Une louve (en cours)

À toi qui n'a pas encore (UL)

À toi qui n'a pas encore de nom, aucune étiquette, aucune fixation...

Intense Août, d'où ce temps : du vent coloré, de l'air brillant.

Intense fragment de temps : des milliards d'années passées pour te rencontrer. Des milliards d'années convergées pour ça. Et moi là, simplement là, pour toi.

Là, comme un animal dans sa puissance.

Là, comme une louve connectée au savoir ancestral de sa meute.

Là, comme une matriochka dans un rituel particulier.

Là, comme une Terre, une Pachamama, un univers imbriqué, un big bang quittant la soupe primordiale pour le magma tiédi.

Stress... Soupir de stress... Voici venu le temps de la séparation. 273 jours unis ce n'est pas rien. Tension... Soupir de tension... et maintenant le temps de la rencontre.

Je t'ai imaginé dans le noir de l'espace, tu y dansais. Lucidité... Soupir de lucidité...Je ne suis pas prête. Je ne suis pas prête. Je ne suis pas prête, pas prête. Je ne suis pas prête. Pas prête du tout. Et j'ai chaud.

Ébullition.

Après le gel sur la muqueuse, j'ai marché vers le jardin pour te bercer encore. À droite, près du banc, dans le violet des surfaces voilées du feuillage, j'ai vu un oiseau. Il s'est envolé. Impatience mêlée d'éternité, face au lieu si bleu, si sec, l'air était beige, le soleil emballait le parc. Coup de poing dans la face. Trouble plein de culpabilité. J'ai vu ma vie bouleversée.

Renoncement. Si j'avais pu figer cette seconde en mon ventre...

Acceptation. Viens mon unique... Je t'attends maintenant.

Poussière de pieds jusqu'au couloir, la chambre, le sol, le gris, je me suis accroupie. Sur le lino, j'ai entendu nos cœurs fondre, ça a fait des échos en fado. J'ai senti nos pas saccader, ça a fait des cordes relachées-serrées. Ça a fait du temps. Je nous ai accordé ce moment. Trac. Excitation. Magie d'un coeur en jasmin, relié à ma chair, j'ai pris tardivement conscience de ton auto-nomie.

Je t'ai tant porté, je t'ai tant nourri, je t'ai tant ondulé dans cette première loge où tu étais encore moi, que je m'y suis perdue. Lumière aigre. Je capte... Sur moi. Uniquement sur moi. Moi... En cet instant tout repose sur moi... Mais... Je... Je ne sais pas. Je... Comment faire ? faire quoi ? Sortir un enfant par ce couloir impossible ? Je ne comprends pas... comment ? Comme un... la peur... la peur dans la tête, la peur... mais dans les jambes la certitude : un « je » sais faire. Faire le vide. Traverser à nouveau le couloir. Passer la double porte. Monter les marches métalliques. S'allonger. S'allonger. Allongée sur le dos en matrice, les pieds dans des étriers, dans une position tellement insensée, tellement pas naturelle, tellement culturelle. Je voudrais m'accroupir. La fièvre, la soif, l'impuissance. Accroupie, je sens mon bassin s'écarter doucement, je sens mon enfant descendre lentement. Mais là, tout ça est, cette table impraticable, je ne peux que respirer. Ajustement. Est-ce un rêve ? Est-ce un mensonge ? Lui ? Lui veut me rassurer, il veut« s'occuper de moi ». Il prend tellement de place. Il vole mon air. Souffle en eau, long vent, je m'apaise. Je bloque mon ballon énorme, je calme mes yeux fermés. Expire, j'inspire par le nez. Dans mes oreilles de coton, des aigus et des graves, des algues et du sable rythment les bips en Bande Originale de ton histoire, des bips et des voix de femmes. Des si et des fa. Des la. Là. La douleur ? Une furie. Une braise. L'incandescence de la colonne vertébrale partait en rose des vents électriques.

Brasier adouci entre les épaules, flammes grossies au bord de la raie, sur les côtés puis prenant la tangente jusqu'au nombril, le feu dévorait. Brumeuse, on m'a fait m'asseoir pour me passer une voie dans le bras. Dans le dos, une péridurale. Je ne sais plus dire non. Des bips encore. Des souffles. Des gémissements. Des rires. Des cris. Décroissance de chaleur.

Pause longue. Le lance-flamme en veille laissa place à une jouissance cruelle.

Bruissements de linges, le souhait, prêt à... son regard et ce ruisseau arrêté. Un gros doute. L'envie de partir. L'envie de dire « J'ai joué, j'ai gagné » puis j'ai pensé à me casser... loin... Pas prête... à nouveau pas prête. Etait-ce, heu... possible ? de reprendre ma vie là où je l'avais laissée, il y a neuf mois ? Ma vie. Ma vie chérie. Qu'ai-je fais ? J'ai tant de moi à gratter. Ma vie. Ma carte de vie à un million. Moi artiste, oh putain ! je vais galérer. Emotions bigarrées. Denses.

Attroupement féminin : J'ai, en cet instant, la conscience aigue de marcher sur les traces de milliards de milliards de milliards d'autres femelles engagées. Je milite. Je ruisselle.

Jamais, jamais je ne m'étais considérée avant. Aucun regard intrinsèque. Ou si peu.

Jamais, jamais je n'avais considéré un avenant à l'avant. Un après à l'avant. Et aujourd'hui, j'avenire. Reprise de la posture accroupie, à l'horizontale cette fois. J'écarte les cuisses. J'accompagne mes muscles, les genoux ramenés au plus loin jderrière la tête pour défier l'apesanteur. Du plexus solaire jusqu'à la pointe, un flux. Des papillons survoltés en vol serré lèchant, d'un flash pointu, tremblant et se répandant, mes reins. Des lignes longues, blessantes, me parcourant. Coups de fouet sous le nombril. Des pointes dans la chair des hanches. Le pelvis dilaté. J'ai senti mes os se déloger, leurs structures chiffonner. Pause. Faire une pause. Visualiser la route. Sentir les variations d'écartements déformer la porte malléable jusqu'au plus petit relief. Respirer. Les pieds... Je voudrais les garder encore un moment en moi, encore un instant, mais... Sentir la masse chaude s'écouler, la lave épaisse quitter mon corps. Danser la mécanique des fluides avec toi. Pousser. Reconnaître l'innéité de l’expérience, si dure et si évidente en même temps. Pousser tout simplement. Au moment de l'expulsion, j'ai senti toute ma soie se raidir. Durs muscles tendus. Le bassin forcé jusqu'aux craquements. Et soudain... le ventre vide... La sensation horrible du ventre vide. Un battement de cil avant la précipitation de l'âme éjectée. Un saudade. Un sentiment mouillé-collant. Un soulagement mélancolique. Le cordon coupé, je n'ai rien senti. Les liqueurs sèchent vite quand les cordes meurent.

Grande ouverte, crachant mon air, j'ai grelotté. Entêtée, j'ai haleté. Tu étais là.

Ta silhouette, ta voix. Tu étais là. Qui est ? Qui es-tu ? Qui ? Comment savoir ? Il dit un nom. Moi, je frissonne. Mes poils dressés à distance du corps énergétique. Cet J'ai. J'ai et ouvre les. La salle. Dans un. Une larme. Reste-là... La fièvre me glace. Ses yeux...

En te regardant dans les yeux, j'ai eu le souvenir très net de mon propre premier regard sur ma mère. Suis-je entrée dans une boucle temporelle ? Ai-je sauté dans un corps étranger ? Suis-je l'enfant ? ou bien la mère ? Suis-je ma mère ? Je suis effrayée.

J'ai le sentiment de mon égoïsme. J'ai le sentiment de mon amour.(Charlotte)


*

Poélistes(poésies sous autohypnose)

Il faut d'abord caresser (P)

Il faut d'abord caresser la fente pour qu'elle s'ouvre et vous guide lentement vers les bas-fonds, là où se trouve ce lac immense que vous n'aimez pas contempler. Dessus, des sacs flottent paresseusement. Ce sont vos choix. Il y a là la totalité des choix de votre existence. Ouvrez-en un, vous verrez bien.

Je ne saurai dire (P)

Je ne saurai dire combien de paysages j'ai traversés. Ils étaient tous si différents, si singuliers. Les cieux étaient jaunes, rouges et parfois même verts. Et puis au bout du voyage, sur le mur qui servait d'écran à la projection des images, une porte se dressait. Une porte ajustée juste à ma taille. Et sur cette porte, une plaque élégante en bakélite bleue-reine indiquait en arial black un mot blanc composé de quatre lettres seulement :

e, x, i, t.

Où logent les astres ? (P)

- Où logent les astres ?
- Ils habitent dans les passages du temps, dans des interstices si vivants que l'on ne peut pas les saisir complétement.
- Et le temps, lui, où vit-il ?
- Il ne vit pas, voyons. Le temps est un élastique qui s'étire variablement selon qu'il porte en lui le papillon ou le cèdre du Liban, le coquelicot fraichement cueilli ou le soleil-mère en formation.
- Et les astres-jumeaux, où demeurent-ils ?
- L'un habite le mouvement et l'autre l'impermanence. Ils sont la mue que le temps dépose dans sa course pour dessiner l'avenir.

Paupières ou cils ? (P)

Paupières ou cils ?

Mais que font mes rideaux ?

Cachés ? Visibles ?

Ils plissent le bois du sable,

ils plissent le verre des arbres.

Et mes fenêtres volent,

aux vues extérieures,

les voyageurs en sac-à dos.

Quelle bêtise ce bento ! (P)

Quelle bêtise ce bento !

Oui ! cette bête du Bengladesh !

Me voilà toute beurrée

du beignet

de bettraves-beurrettes,

qui n'a pu bicher

mon bec beige

de bécasse bègue.

Rose du bras sucré (P)

Rose du bras sucré

Jaune du sourire du miel

Blanc de l'enfant

Lumière de l'herbe.

Musique des ailes en été, le jour,

Pendant l'envol du soleil amical.

Fleurs de campagne

Rondes et grondent

et douce-force du rêve de marche.

Chaud, pour l'avenir calme,

et brillant pour la lumière sereine.

Tendre aussi, en porte confiante.

Tissus pour la Paix.

Fourrure n'est pas fluide

Mais sein est liquide

Et ventre nuageux,

huileux.

Utopie (P)

Utopie des links du studio blind. C'est la conscience du void, la panique des sources d'erreurs qui gêne les dreams et fait barrière aux frontières.


*

Au bord de l'épectase

Ag. (Abdlé)

Un index, mon index, la pulpe de mon index, d'un mouvement lent, une ritournelle caresse, légèrement appuyé sur mes lèvres, ma bouche entrouverte. À la recherche d'une langue tendue, humide, la tienne. Au contact mordu de la brûlure que ton baiser a déposé sur mes dents.

Inspiration longue, lente. Regard blanc. Souffle absent. Expiration profonde,

Puis arrêt, apnée. Tu es. Je ne sais. J'ai les yeux fermés.

Genoux se rapprochant. Tensions marquées. Muscles contractés, se contractant

pour faire durer le plaisir d'une onde, une vague.

Souffle. inspire. souffle. inspire inspire inspire. Soupir. Longue apnée. Pulpes frôlant la surface de lait.

Je fonds. Brulée par toi. Un grain de café sous mes doigts caché, joué, perdu, retrouvé. Et cette chaleur qui n'en finit pas. Jamais coupé. Jamais connu comme ça la totalité du temps et de l'espace gobé dans une... dans une... Juste pour cet instant là, ça valait le coup toutes ces peines, ça valait le coup toutes ces rages, ça valait le coup ces plaintes, ces cris, ces néants, cet infini, ces vides.

Je me suis souvent perdue dans la noirceur du doute,dans l'épaisseur de l'attente. J'ai toujours su que l'amour était bon. Je suis une jouisseuse. Mais ça. Ça. Ça. Je ne m'y attendais pas. Toi, toi, toi, je ne l’espérais même pas.

Brutal désir Les monts(z)et vallées. Les parcours, les promenades.

Multiple. Voilà le mot qui m'a saisi quand je t'ai vu la première fois mais quel étrange choix d'évoluer vers tant de facettes. Pullulement sous mes dents. Raisin rouge sous mes dents. Tu es un toi composé de tant d'autres toi. Magnifique ritournelle sur toi-même. Je t'aime charnu, charnel, rouge,

résistant sous mes perles buccales. Jet qui emplit l'espace, mon orifice

touché dans ses vides, ses déliés, léché par ton jus frais. Ma muqueuse contractée.

C'est tout mon cerveau qui est emporté à tes côtés. Tu me rappelles le temps. Tu fuis ? Mais que fuis-tu ?  Écho. Écho dur, écho dur, aigu, pointu, tu t'en vas large, froid, tu reviens, brûlant.

La... la... La description est ici particulièrement savoureuse, sensuelle

mais pas pompeuse. Lente. La description est de celles qui vous tiennent en haleine. Qui suspendent le souffle. Qui font saliver l'auditeur.

Qui vous... tende. Constellation en négatif.

Première jouissance. Framboises sur les doigts. Du sang. Du sang ? ces sphères, ces poils, ces billes charnues... Du sang ? cette croûte ? cette croûte comme un amalgame de bulles rugueuses... ici mouillées et tendres

comme une grappe de gouttes fraiches.

Ce qui m'a frappé... Je ne saurai le dire. Je. Je ne sais pas par où commencer ce récit. Il y a des paysages qui vous marquent à jamais. Le blanc. Le blanc était omniprésent, un blanc immense hypnotisant puis l’œil revenu de ce choc... esthétique... j'ai affiné mon jugement. Ce blanc, non-blanc, non-blanc non-neige, beige, cette coque albinos d'un amandier en août, ce plâtre encore frais, ce nuage rougi. Ce blanc non-blanc je l'ai regardé longtemps, observé, admiré. Ce blanc... du lait ? d'avoine alors, le plus rosé. Au départ je n'ai pas osé le frôler.

Et s'il était liquide ? Y poser mon doigt y laisserait une trace, un cercle concentrique, un friselis pour moi, une tempête pour cette surface, un trouble-fête qui heurte, blesse et arrache le calme.

Dis. Dis moi. Dis moi. moi. Dis : Dis-moi... moi moi. Dis-moi... Dis-moi... Dis-moi... Dis-moi Agnès... Suis-je digne de troubler cet état ?

St bis. (Abdlé)

Je. Ton cou. J'ai. J'ai mordillé ton cou.
J'ai mordu tes jalousies. Tes pouces experts.
Ce cou ? ce n'était qu'un chemin de soie.

Sur le siège étroit, la place était chaude. Tu étais un, je te voulais dual.
Ma main sur tes cils, j'ai cherché ton végétal.

Un doigt dans mes aisselles, tu t'es emmaillé en moi.
Sorcier des gestes, dans ce doux bac rosi, ce doux lac baisé, j'ai pris, mouillée, bouchée, tordue, si rude, rouge-pêche, ta dure.
Dans tes boucles, je me suis pliée. J'étais nœud. Tu m'a glissé. Toi chaman. Moi liane.
Je me suis tordue dans tes puits. Serpente, j'ai remonté l'arbre-sang.
Ma colonne vertébrale comme un saurien vertical.
Accordeur de formes,au rythme des coups
dans les coudes
des couloirs,
les battements,
bas mensonges compactés,
des cordages défaits,
la tempête haletante,
j'ai
j'ai découvert ton offrande.
Ton acide a percé ma panse
gonflée à en faire mal.
J'ai senti mon épaule décalée,
mon cou à sa rescousse
trottant plus vite qu'à l'usage.
Dans le creux de tes reins, une tiédeur intacte.
Après le blocage de l'inspiration, l'omoplate m'a piquée.
Ma respiration métamorphosée, baveuse,
en expiration perpétuelle.
Ai-je manqué d'air ?
D'air teinté de jeux ?
Avant de sentir ta douceur vive et longue

comme la prise dans les filets d'un pêcheur cendré.

Sur le sable clair, dix bédouins solitaires parcouraient l'étendue désertique. D'un pas leger, pas pressé, les nomades avancaient à la recherche d'abysses marins. Entre monts et mes creux, ils frôlèrent mes coraux. Mes dolomites comme un rêve, éparpillés au centre de la terre.
J'ai humecté mes babines.
La pointe de mon bassin.
Ma poitrine.
Mes hanches risquées.
J'ai
J'ai vu,
j'ai vu mes hanches qui riaient,
qui viraient de bord.
J'étais livre, tu m'as lue des mains.

Chaque millimètre conquis, tu m'as serrée.
Démise.
Tu.
J'ai bu ton souffle.
Un oiseau surgi de la jungle.
J'ai entendu ses ailes-danses qui sonnaient comme un galop de verre.
Giffle d'hiver et 'écho sur la nappe laiteuse d'une plaine islandaise.

O. (Abdlé)

C'est vaste. Je. Dans mes mains ce sein halé, cette lune rouquine, peau de cuivre irrégulière. Tes aventures. Ton lisse pas glissant, rugueux, qui m'a tapé dans l’œil. Ton goût difficile et amer, ton odeur particulière. Tu as été cet appas. Je. J'ai effleuré ton manteau, là où tu, tu as senti ma lame, je, j'ai touché l'incision là, doux, d'où est venue l'attaque. Un geste franc, mon doigt glissé sous l'épicarpe. Un acte libre, l'entrée sous la fente enfin prise. Salement, j'ai forcé ton écorce. Sauvage, j'ai griffé ta chair.

Sous ta peau, j'ai trouvé ta cloison, mon index l'a fouillée. L'impatient. Je l'ai retenu de plaisir. Moite mon envie de presser, sous le masque ton derme doré. Fort, mon désir de saisir sous la strasse ton jus-z attendu.

Toi, tu n'as pas bronché. Ta forme était planétaire, ton teint orangé, rouge et jaune, pleins de bandes cramées, jupitériennes. Rouillées, très légèrement plus foncées.

Symétriquement sous ta robe craquée, j'ai rejoins l’intérieur, écartant ta coquille dans ses retranchements : d'un coup sec tu m'as cédé. Tu n'as pas eu l'air de t'en plaindre.

Ton odeur humée. Ce sirop. Un déballage d'humeurs : Ton fumet sucré.

Sous le dur il y avait le souple, le fin, les dentelles, les ciselures et aussi ma faim de mordre brutalement ton fruit nu.

Pour garder mon sang froid, malgré la chaleur, j'ai contrôlé l'air expulsé.

J'ai réservée mes pulsions. Ma respiration ralentie j'ai sentie mon souffle se barrer. Geler. Mes poches de gaz vidées. Débinées. Vidangées. Évacuées. Le regard clos sur ta peau. Reluquée. Regard allumé, pausé. Regard gardé encore un moment. Regarder ta muqueuse fragile. Zyeutée, rayonnée, je t'ai senti ta vibrance.

La membrane qui m'a attisé contenait tout un monde en son sein, un univers à demi liquide, un univers qui éveilla m'a curiosité. La substance charnue de ton corps. Molle. Un aimant.

Moi affamée, je suis assoiffée. Mon vertige, je t'ai désintégré. Sous mes doigts chatouilleux il y avait encore tant de fentes à désunir. Leur docilité, flexible. Leur texture, multiple. Leurs couches, composites.

Il m'a fallu beaucoup de patience pour frôler le succulent. Ta couleur et ton parfum pointu montèrent vers les épices. Tendre ta lumière. Tu m'as acidé. Je t'ai avalé, pas tout entière. Impérieusement offerte.

Sous mes dents, déballer ta paroi. Casser les loges. Ton eau-forte sous mon organe mobile, ma grange grottée, gouffrée, jetée.

J'ai langué ton jus, ton LSD miellé, au fond de ma gorge tu as jutté.


*

Vrac

À comme (V)

A comme Amour. B comme Bêtise. C comme Chagrin. Et toi, que penses-tu de l'encre de mes yeux ? Ma bile noire, qu'après l'orage ton affront a fait naître en moi. D comme Dis moi...

E comme Et bien ?! F comme Fragile. Et toi, continueras-tu toujours à parler avec

autant de vigueur de l'aube de ce voyage ? G comme Gare à toi. H comme haches. I comme ivoire. Car ce sont des noces d'un certain âge. J comme jeux d'enfant. K comme KO. L comme lutte à mort. Entends-tu comme je te suis reconnaissante de ta patience ? M comme Maison. N comme Naissance. O comme Opus, mon amour, vois-tu que le paysage a changé ? À tes côtés les carcasses sont devenues nuages rosées comme des barbes sucrées. P comme Pâmoison. Q comme sexe tendu. R comme opéra. Mon corps, je t'avale. Je suis cannibale. Ton corps est mon corps, dans nos corps aux feux de Bengale unis et brûlants. Incontrôlable animal. S comme statue. T comme Tais-toi... U comme une fois, la toute première fois que mon cœur a battu avec toi. Tambours de pétards et roulements de balles. L'amitié m'a noué à toi. V comme valise. W comme Why ? XYZ comme point final à nos vies tressées, emmêlées, augmentées.(Cédric)

Au nom de moi (V)

Au nom de moi, de moi et de moi. Amen.

C'est un frère, c'est un ennemi (V)

C'est un frère, c'est un ennemi qui s'amuse, sans prendre gare, à briser la garce d'un regard. Tu m'as bouffé, connard. Tu voulais une sainte, un alter-ego mielleux, un pâle miroir de ta gueule, une béquille fidèle. Contrainte. Subordonnée. Teintée. C'est bien râté, mon frère juré, mais tu m'as tout de même bien tuée.

Carapace fine (V)

Carapace fine, inconstante et opaque. Vaporeuse, nerveuse, souvent nue. Je t'aime agitée, joueuse, changeante et mouvante car ainsi je te comprends.

Ce métier qui me fascine (V)

Ce métier qui me fascine : le feu. Ce métier qui m'obsède : la vie. Ce métier joue avec mes nerfs. Eau de fièvre. Bûcher formateur. Verre matière. C'est un démiurge attendu.

Certains brossent (V)

Certains brossent des paysages et des coups de poings, d'autres moulent des colonnes turques toniques et asymétriques ou transforment des totems tribaux en outils tabous. Ils bâtissent. Elles bâtissent. Vous bâtissez...

Dans mon ventre un rien (V)

Dans mon ventre un rien - ni un vide, ni un creux, mais le blanc de la paix, une légèreté, un battement suspendu en l'air, un long moment arrêté -.
Et pourquoi pas une pause ? En pieds.

Et pourquoi pas un regard ? Ouvert.

Dans son âme (V)

Dans son âme Proust vers Swann l'a décrite comme un roc fêlé qu'on ne peut jamais réparer. Mémoire : la fonctionnalité n'est pas l'intégrité.

Des datas, des codages (V)

Des datas. Des codages. Des rideaux de pluie ciselée, dentelée de barres et de pleins, de uns en pépites et de zéros en riens. Et le parfum d'une eau noire pourrie de chiffres balafrés. Et tout ça... ce serait de l'or ?!

Dialogue à trois (V)

Le néant - Regardez ! Là ! Qu'est-ce que c'est ??

Le temps - Ça là ? Ce n'est rien... c'est juste l'instant présent, mon premier enfant.
Le néant - Est-il dangereux ?

Le temps - Pas du tout mais je préfère vous prévenir, vous n'arriverez jamais à l'apprivoiser. Cette bête brute reste sauvage, quoi qu'on y fasse.

L'espace - J'ai un petit qui ressemble à s'y méprendre à votre avorton et qui n'est pas davantage docile que ça. Impossible de l'éduquer, il n'en fait toujours qu'à sa tête.
Le néant - Et où est-il votre cher bambin ?

L'espace - Il a dû s'égarer quelque part.

Le temps - Et comment se prénomme votre cher mignon ?

L'espace - Nous l'avons appellé Infini.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Papier plié (V)

Du rose au noir et vice-versa j'ai beaucoup voyagé. J’espérais après l'avion pouvoir prendre un voilier quelque part. J’espérais croiser une lumière... à Alexandrie peut-être ? J'avais encore besoin d'éclairage, j'avais encore besoin d'enfiler ta peau, j'avais encore besoin de voler tes yeux, j'avais encore besoin de cuire les lèvres d'une amie. Ma maison, ses hauts, ses sommets, ses expériences écrites, ses vallées, son ciel piscine, je les ai notés. Ses creux aussi, même les plus abruptes. Ses abîmes. Son sol moussu. Je voulais rester, racler, gratter, coller, gluer, encore en elle, éternellement en elle. Les plaisirs, les orgasmes y avaient atteint des teintes si subtiles, acidulées, enveloppantes, bruissantes, enfantines. Ils s'enchainaient sans lassitude. Les abysses tués, les abysses comblés.

Mais ces brèves, j'aurais dû m'en méfier, ces brèves, elle elle les a salement froissées. Au final la cruelle a brisé le vase d'un crac, comme ça. Je crois que. Je crois que j'avais caché très profondément la réalité de ces choses là. Tout au fond de mes méandres... Je n'aurais pas dû, mais bon c'est comme ça... Sa soudaineté m'a surprise. Coupure nette. Un lien brûlé. Panne électrique. Bim. Plus de jus. Sans bavures. Elle a plié mon bout de papier en quatre et l'a déchiré au moment où je m’imaginais Pharaonne.

Après sa folie, il ne resta plus rien. Pas même un petit bout d'os dans le ventre du sol. Elle m'avait, elle m'a engloutie toute entière, toute entière. Furie indomptable. Je savais pourtant bien que les lumières attiraient les moustiques.

Je te dis que rien (V)

- Je dis que Rien n'existe avant d'apparaitre ou plutôt que tout existe dans une dimension telle, une dimension si il-limitée que rien n'est visible, pas de perceptible.

- Quoi ? Tu veux dire que TOUT est possible avant de surgir ?

Que mon point ici bas pourrait aussi bien naître là-bas ou même plus loin encore ?

Que la tâche initiale ne reste pas plus d'un instant ou au contraire indéfiniment ?

- Oui, te dis-je. Elle choisit. C'est difficile pour elle bien-sûr, mais en fin de compte, c'est elle qui choisit où et comment se faire mâter. Elle choisit mal parfois mais c'est son choix. Un choix fait dans un demi-sommeil ou dans une concentration parfaite. Un choix personnel qui peut faire voler les étiquettes, pousser des champs invisibles ou bien dissoudre l'apesanteur.

Le mythe (V)

Et toi là, est-ce moi que tu pointes du doigt ? ou est-ce toi que tu juges comme ça ? Et pourquoi chercher une cible ? Et quelle est cette visée ? Un visage amoché ? Un paysage naïf ? Un pantin blanc venu d'on ne sait où ? Et pour faire quoi ? Pour créer des poux ? Des bijoux ? Des jaloux ?

Le rêve prend forme (V)

Le rêve prend forme. Une forme de fesses. Deux montagnes en ballons. Champagne rosé pour les yeux et senteurs d'été.

Le voilà cet insolent (V)

Le voilà cet insolent, ce vaniteux, cet excrément. Et moi qui craignais de le trouver tout froissé, tout penaud, tout timide, effacé derrière son sujet... Je me suis bien trompée. Ce prétentieux crâne fièrement au centre de la sentence.

Il fait le paon devant le point, toujours prêt cette grande gueule à clore le débat. Il trône là dans sa nudité la plus virginale, et je me demande même s'il n'est pas en train de toiser notre Sujet bien aimé. Mais quel vantard ! Il fait le beau dans son habit de toute puissance. Mais quel aveuglement...

Ce Verbe, ce petit salopard de tyran, n'est pourtant rien sans moi ! Comment fait-il pour ne pas voir sa petitesse ?

Je suis celui qui dit tout du temps, celui qui annonce les sentiments. Je suis celui qui place le Sujet en son lieu, dans sa maison ou dans l'infini céleste.

Je suis celui qui modifie. Je suis le sel. Je donne du goût aux petits bavardages.

Je suis adverbement tout simplement !

Les genres tanguent (V)

Les genres tanguent. L'amour moite. Les dires sèment. Le soleil zeste. Les dards trichent.

Me voilà nue, sans habillages (V)

Me voilà nue, sans habillages. Aucun bijou ne pare ma peau vierge. Je suis au centre de la page, accolée à celui qui m'appelle tout puissant. Sans moi dit-il point de mouvements, point d'avenir. Je suis le roi du monde, sans moi point d'actions, point de vie.

Mes ouvrières (V)

Mes ouvrières trainent, elles refusent d'aller se coucher. Elles vont et viennent, et s'attardent et s’attèlent tandis que je m'attache à elles. Je sais que je pourrais leur donner ma vie mais j'ai un ouvrage à terminer. Oui, oui, oui! je dois m'y consacrer. Je voudrais peaufiner ce reflet solide et ronronnant plutôt que de vriller et de tournicoter sur des axes obliques désaxés par le vent. Et puis il y a aussi ces orages et ces tempêtes qui me délogent mais la vengeance ne m'a pas prise. J'ai réussi à garder mon équilibre.

Mes pensées s’égarent (V)

Mes pensées s'égarent dans la lente heure, je m'y fonds avec mélancolie. Elle est blanche et opaque et si lumineuse qu'elle me rend presque aveugle ; et ses sons déformés font des mélodies  impossibles à mon ouïe. Dans cette lente heure tout est gratuit, tout est nu. Soixante minutes veloutées où j'oscille entre paix, joie, orgasme, impatience et terreur. Son vide m'angoisse autant qu'il me plaît. Cette lente heure, je me la suis promise, je ne veux pas m'y dérober. J'ai décidé de prendre le temps, le temps immédiat, le temps du tout de suite, le temps du maintenant. J'ai entendu dire que ralentir était propice à l'imagination. Que l'abandon de mes désirs dessinerait des entrelacs en pas-chassés, là où il n'y a aujourd'hui que des ritournelles vaines. Alors, je me suis jurée d'arrêter de courir pendant 3600 secondes, le temps de faire l’expérience de l'épaisseur et de la légèreté. Tout doux l'instant : j'ai le temps de regarder. Suave le moment : j'ai le temps de ressentir. Long l'intervalle : j'ai le temps de m'écouter. À l'heure lente de la lenteur, il n'y a aucune passivité. Je conscientise mes choix. Je mesure mes opinions. J'exprime mes goûts et le blanc devient rose et le vide se fait sucré.

Mon modèle pour m'arrêter : le souffle serein du vent lorsqu'il va nonchalant...

Mes yeux déments (V)

Mes yeux déments se dérèglent et mes cils synthétiques s’emmêlent, comme au vent confus

les rayons du soleil.

Mon cher cotinga (V)

Mon cher cotinga, je t'en prie, fais avec moi l'amour les yeux ouverts, la bouche ouverte, les oreilles ouvertes, les mains ouvertes, les narines ouvertes et l'esprit absent car l'orgasme habite uniquement ces lieux insensés où chaque sens est en extase... Je sais où les trouver. Viens avec moi.

Nature (V)

Organisation de l'espace. Végétal enraciné. Tu es la nature splendide. Culture des terreaux. Ver vivant vivace. Tu es la nature splendide. Créativité des corps gorgés, mouillés. Tu es la nature splendide. Sans efforts, simplement présente, tu es la nature splendide.

On m'a dit (V)

On m'a dit... on m'a dit... on m'a dit... on m'a dit... On m'a dit qu'il fallait que j'écrive sur la lenteur. On m'a dit que je pouvais écrire une poésie sur la lenteur. Alors j'ai pris un crayon, et très lentement, avec des touts petits, tout riquiqui gestes, j'ai écris des jolis mots sur la lenteur. Des jolis mots trouvés sur Synonymo : « alanguissement, apathie, atermoiement, délai, douceur, engourdissement, inaction, longueur, mollesse, nonchalance, paresse, patience, pesanteur, prudence, stupidité, tergiversation » et en guise d'antonymes, rien.

Oubli en creux (V)

Oubli en creux. L'oubli est blanc. Souvenir perdu dans neige collante. Mémoire cachée

par sphère lunaire. Réminiscence dans l'oeil-cyclope. La cécité est parfois si reposante

qu'aucune raison n'invite à résister.

Plume assise (V)

Plume assise sur le livre de Job. Plume assise sur le flan des hopis. Des rituels entêtants

aux freins amers. Le goût des gens pour les jambes écartées, tendues, en l'air, en écart aérien. Nous disons oui au soleil qui mord nos vies car nous sommes effrontés. La chaleur perdue sur les super-marchés.

Quand les cris percent (V)

Quand les cris percent l'épaisseur de la nuit, quand tu viens me voir le soir, je pars. Mes jambes de courage se lèvent toujours que ce soit avec ou sans toi, avec ou malgré moi.

La route tracée, je n'ai nul besoin de savoir où aller. J'avance. J'avance comme une balle sortie d'un canon. Je bondis. L'impatience me saisi. Quatre visages me sourient : Celui de la petite fille appartient au passé. Je le reconnais je crois, mais je ne suis plus tout à fait sûre que ce soit bien elle. Celui du grain de sable appartient à la mort, il est, je trouve, très singulier. Il me fait un peu peur mais si je le regarde de biais, c'est acceptable. Le troisième appartient au futur. Il est impalpable. Impalpable et infini. Je ne sais quoi en dire tant il m'échappe sans cesse. Et le dernier, celui là appartient au présent, c'est le plus tangible de tous, celui qui fait tomber les masques.

Si j'étais courageuse (V)

Si j'étais courageuse, je sentirais la peur, je la regarderais droit dans les yeux, j'aurais les mains moites, je ne les essuierais pas. Si j'étais courageuse je respirerais mal, mon poûl ralentirait, je sentirais la vague gifler mon visage, je sentirais un millier de mains

me pousser vers demain. Si j'étais courageuse, ma gorge se tendre, ma langue projeter,

mes dents s'entrouvrir, mes lèvres se fendre, je parlerais. Si j'étais courageuse je marcherais et m’assiérais, je refuserais et regarderais, je dénoncerais et j'entendrais, je dirais et ressentirais, je partagerais et mourrais en être libre, si j'étais courageuse...

Sylvia (V)

Je pense à toi, Sylvia. Toi qui n'a jamais admise être qui tu étais, tu quittas ton corps pour ça, ton enveloppe matérielle. Tu pris des risques pour ça et perdit la vie. Sylvia, je dois te dire que tu étais aveugle. Tu refusas de voir que tu étais géniale. Tu t'es imaginée des devoirs, comme celui d'être mère et ménagère et aussi celui d'être toujours un peu en dessous de ce cher Ted. Mais Sylvia, crois moi, tu t'es bien menti. Tu n'as pas voulu voir l'ampoule allumée. Amaurose, tu préféras quitter la partie avant même de l'avoir commencée. Sylvia, tu aurais pu jouer encore longtemps mais il aurait fallu pour ça que tu fasse un petit aveu de faiblesse et que tu admettes t'être bien plantée.

Tête courbée en brin d'herbe (V)

Tête, courbée, comme un brin d'herbe pris entre le pouce et l'index, tiré doucement,tenu fermement pour que sa corde vibre longtemps au gré du vent. Elle chante une vocale révolutionnaire, elle chante du matin au soir. Elle s'étiole quand vient la nuit. Epuisée de son propre et incessant bavardage. Elle a voulu être une femme de pouvoir, aux dépens,

pensaient ces salopards, des hommes de son rang. Les cosmocrates. Le partage ils n'aiment pas ça, ils préfèrent les bâtons, les baguettes, les cannes, les branchages à glisser dans les roues de celles qui les menacent. Mais elle s'est battue, la femme sauvage. Elle a tenue bon, la puissante. Elle a suivi son instinct qui en dépit des apparences culturelles

lui disait qu'elle valait quelque chose, qu'elle n'était pas un néant que l'on pouvait nier. Elle a écouté sa voix en « x » plutôt qu'en « e ». Celle qui dit vrai.

Trouple (V)

Pomme et Eve, un couple sulfureux. Adam est cocu mais veut goûter un peu.

Tsunami numérique (V)

Sous l'impulsion des leds, lumières pulsées, vagues flashées, des écrans bleus, des cadres amoureux, des ondes techniques, des lames technologiques, des marées électroniques, des agitations électriques, je coule. Enfant perdue, à jamais égarée, seule malgré la foule polychrome, enfant mal éduquée, élevée aux datas, je me noie.

Tu m'as touchée au ventre (V)

(avec la voix de JoeyStarr)
Tu m'as touchée au ventre quand j'étais sans défense. Je ne m'attendais à rien, nue, naissante, fragile. Une fleur a poussé dans mes yeux vides, écrins immenses jamais habités

jamais conquis avant l’épiphanie. Ta langue brûlante dans ma bouche offerte embrasa mon appendice humide. Feux de Bengal jouissant dans la tension. Le velouté de ton habit primal

La volupté de ton parfum vierge m'ont cueillie. C'est l'orchidée qui s'est faite jardinière

Je t'ai aimée car tu t'es donnée. Je me suis donnée car tu m'as reçue.Moment d'éternité qui n'a su resté suspendu.(Agnès)

Une toupie (V)

Une toupie pour rester en équilibre doit bouger. Une balance pour trouver sa mesure doit s'figer. Voilà bien le dilemme de l'équilibre des écrits libres.

Une vision qui n'est (V)

Une vision qui n'est pas la mienne et que je n’expérimente pas... je ne la visite qu'en touriste mais quelle chance de pouvoir l'approcher ! Je t'aime.

Valentin (V)

Le monde, le cœur, les ombres, Valentin, ce n'est rien. Ces bras te retiennent. Maison.

Explosion d'oreilles (V)

Explosion d'oreilles et orgasme cérébral, je viens d'entendre à nouveau... Bonheur, allumage des feux de bengale, la folie me galvanise et pépitent mes pavillons, ivres du champagne dans mon lobe frontal.

Fracassé d'un cheval noir (V)

Fracassé, un cheval noir, dans la grosse baignoire cireuse du cosmos mouillé, se cogna à un pendentif d'un cygne précis. Un pendentif en forme de symbole de midi au soleil. Il faisait nuit, mais par la lucarne en pyramide chacun pouvait cibler une ampoule à basse consommation brillante de fierté. Dès qu'ils la virent, ils se plurent... alors qu'il n’ y avait pourtant rien à manger aux alentours. Même pas une petite graine à l'horizon. La situation cocasse fit rire, à s'en étrangler les rondelles, un croissant du ciel. Il glapit même tellement fort en les toisant d'un regard caché par ses jumelles, qu'il tomba de sa chaise. Raide mort ! Les coups de lard ne pardonnent pas en général. Vous le saviez, non ? Et ainsi de suite jusqu'à ce que la guerre soit déclarée vaine.

Frontons lumineux (V)

Enfin, le soleil s'arrache à l’éther et aux vapeurs longues pour laisser ses tentacules effleurer les surfaces. Ce sont des pores qui se laissent caresser. Ce sont des entrées

qui se laissent pénétrer et des lumières qui ressuscitent, et des énergies faciles et lavables. C'est le génie qui domine et tout est rendu possible. La vie à vivre, l'amour à partager, le temps de créer, sans interdits.

Gaïa (V)

L'avenir ? Dans mes jours sombres : un temps d'orage avant elle. Elle et ses sources. Elle et ses yeux, elle et son regard en point-virgule.

Il est impermanent (V)

Le passage est impermanent, dur et solide. Il est pour le meilleur comme pour le pire un chemin pour migrants. Sac pour oiseaux. Vent pour roses. Nuage pour béton. La route. La valise-plume. Le voyage.

Collés à la planche (V)

Collés à la planche, des points qui forment des lignes qui forment des courbes qui forment des mots. Et lentement... au ralenti... une vision de ces petites choses, de ces choses jamais vues, parfois perçues, souvent frôlées, toujours survolées.

J'observe mon cou (V)

J'observe mon cou, il est un peu serré. À gauche, une chaine mal-attentionnée maintient sur sa courbe une tension amicale.
J'observe mon front, il est un peu ridé. Il implose en feuillage au centre même de mes visions expansées.
J'observe mon cœur, il bat lentement. Il fond au rythme ouvert/fermé des orchidées muettes qui se fanent doucement.

J'observe mes orteils, ils scintillent un à un. Ils vont et viennet au gré des mouvements des chants et du temps.

Connectée au cosmos et aux vivants, c'est ainsi que je ressens.

Jamais en fou (V)

La lune quand petit à petit elle éteint sa solitude, est-elle folle ? L'arbre-couple,

majestueux et double, quand il se penche pour me prendre dans ses bras, est-il dingue ?

La mer quand je ne la vois plus comme une mère et qu'alors elle m'accueille bienveillante,

lisse, détendue, est-elle fêlée ? La vie quand elle donne insatiable, la brise qui souffle les braises d'un feu de joie, est-elle une romance ? une fiction ? un faussaire aux faux airs de gangster ?

Je n'ai pas envie (V)

Je n'ai pas envie. Je n'ai pas follement envie. Je n'ai pas envie avec ardeur. Je n'ai pas volontiers envie non plus d'ailleurs. Cette envie je ne l'ai pas. Aujourd'hui, elle n'est pas là. Elle n'y est pas profondément en tout cas. Elle est ailleurs. Elle est distante. Elle est hautaine, vraiment lointaine. Elle est absente même. Hier, pourtant, je désirais. Je désirais passionnément même. Mais aujourd'hui... aujourd'hui je n'ressens rien. Et demain, demain... je ne sais pas encore. J'aurai peut-être à nouveau envie. Je désirerai certainement au moins une petite chose. J'aurai des souhaits furieux. Et pourquoi pas ? Il suffit d'un petit mot pour changer un état.

Je regarde l'eau (V)

Je regarde l'eau me remplir et me laisse remplir par elle. Remplir jusqu'à plus soif. Remplir jusqu'au dégorgement. Tâche dans l'eau du haut. Trou dans l’océan du plafond. Fumée de mers aux formes indicibles, comparable à mes humeurs. Vapeur inspirante. Expiration céleste. Nuages. Je me lis en vous. Mer débordante d'or et de sève. Ciel dégoulinant par les pores des nuages. Paysage fauve, criard. En rouge et jaune, les couleurs de la joie. Papier cadeau déshabillé pour voir la lumière du ventre, pour voir la bonne heure. Enfin ouverte, exhibée, nue, tu donnes à voir ton décor glorieux, la toile de fond du destin et l'océan généreux. Comme une source. Le ciel victorieux comme un ange.